Grenoble, 27 Janvier 2000.
Les lésions de la muqueuse buccale.
Le 27 Janvier 2000 à l'hôtel Holiday Inn, à Grenoble, le chapitre Alpha-Oméga Rhône-Alpes, recevait Claude Wierzba, praticien spécialisé dans les tumeurs de la cavité buccale qui est venu de Paris, pour aborder ce thème peu connu des praticiens.
Il a eu la gentillesse pour cela, de venir de Paris et nous lui fûmes fort reconnaissant d'avoir bien voulu apporter un peu de lumière à notre ignorance et, comme il le dira lui-même, dans ces pathologies il vaut mieux ne pas se tromper.
Mais je laisse la parole à Claude pour nous éclairer de ses connaissances.
Les lésions de la muqueuse buccale.
En dermatologie buccale et péribuccale, l'odontologiste représente souvent le premier maillon de la chaîne thérapeutique.
La consultation d'un patient pour une douleur ou pour une gêne, ou bien la découverte fortuite d'une lésion buccale désorientent fréquemment le praticien et généralement mieux vaut ne pas se tromper...
Les étiologies nombreuses, les notions de terrain, la réaction à certains médicaments, rendent les diagnostics cliniques de plus en plus difficiles.
De la simple lésion aphteuse à l'étiologie inconnue, de la lésion carcinomateuse typique aux manifestations buccales du sida, l'odontologiste doit examiner, interroger et diagnostiquer : simple leucoplasie chevelue de la langue permettant un dépistage des patients séropositifs, infections candidosiques ou herpétiques, gingivites ulcéro-nécrotiques persistantes ou bien des tumeurs malignes, telles que le Sarcome de Kaposi affirmant le diagnostic.
| Gingivite Ulcéro-Nécrotique | SIDA.Leucoplasie Orale Chevelue. |
![]() |
|
Devant les lésions de la muqueuse buccale ou péri-buccale, l'odontologiste doit rester vigilant ; une observation précise des lésions et des examens complémentaires permettent aujourd'hui , de mieux connaître les affections et donc de mieux les traiter.
![]() |
![]() |
| Glossite-Xérostomie. | Bouquet Herpétique. |
Les lésions précancéreuses ou précancéroses.
Dans les pays européens, les cancers de la cavité buccale représentent 2% de toutes les tumeurs malignes. La majorité de ces cancers sont des carcinomes épidermoïdes de la muqueuse, les autres tumeurs malignes étant les mélanomes malins, les tumeurs malignes des glandes salivaires, les affections lympho-prolifératitives, les sarcomes des tissus mous et durs ainsi que les métastases primitives situées dans les autres parties du corps.
La plupart de ces affections siégeant au niveau des tissus mous peut-être détectée par des examens appropriés. De plus, le cancer buccal est souvent précédé pendant plusieurs mois ou plusieurs années de lésions blanchâtres (leucoplasies) et/ou rougeâtres (érythroplasie) appelées légions initiales ou précancéroses.
Si le tabac est considéré comme la principale source de cancer buccal dans les pays occidentaux, il existe un effet de synergie entre la consommation de tabac et d'alcool. Un examen minutieux de la cavité buccale est une condition nécessaire pour la détection pour la détection précoce des cancers buccaux et surtout des précancéroses. La palpation constitue une étape essentielle de l'examen clinique de toutes les lésions de la muqueuse buccale. Toute résistance à la palpation, toute induration représentent des signes d'alarme.
L'odontologiste représente souvent le premier maillon de la chaîne diagnostique et donc thérapeutique dans la mise en évidence de lésions suspectes, même si le diagnostic clinique devient de plus en plus difficile, du fait de nombreuses pathologies d'étiologie infectieuses, tumorale, traumatique avec l'interférence des notions de terrain, de stress, ainsi que les effets secondaires de certains médicaments.
Le pronostic vital d'un patient présentant un carcinome buccal dépend de la taille de la tumeur primaire. Pour de petites lésions qui n'ont pas encore évolué vers une métastase des ganglions lymphatiques, le taux de survie à cinq ans est de plus de 75%. Par conséquent la détection clinique de précancérose ou de cancer buccal débutant et de petite taille est une étape fondamentale.
Les odontologistes doivent jouer un rôle dans la prévention des précancéroses et des cancers buccaux en examinant le patient , mais également en lui conseillant un style de vie sain, tout particulièrement en ce qui concerne la consommation de tabac et d'alcool.
Devant certaines lésions buccales, l'odontologiste doit avoir une attitude rigoureuse ; devant les lichens , le stade d'évolution détermine le traitement ; par contre, le traitement de choix des leucoplasies reste l'exérèse chirurgicale conservatrice, la clé du succès dépendant d'un suivi à long terme après la suppression de la lésion car les récidives sont fréquentes. Les précancéroses facultatives, quasi obligatoires ou obligatoires doivent systématiquement être recherchées. Ces lésions par un changement de couleur (érythroplasie), une induration plus marquée, un saignement inexpliqué, une ulcération chronique, ou la formation d'une masse (blanche ou rouge, à la surface grasse ou ulcérée), mais rarement par la douleur , les lésions cancéreuses n'étant que rarement douloureuses.
Nous remercions vivement le professeur Wierzba pour sa venue, et la qualité de sa conférence. Nos souhaiterions le revoir pour approfondir ce sujet qu'il a su rendre si passionnant.
Dr.D. Azoulay.